Viande synthétique donc sans animaux
le Mar 20 Mai
Mangera-t-on un jour des steaks hachés « élevés » en laboratoires ? Il est
techniquement possible, répondent les biologistes du « New Harvest », de
produire de la
viande synthétique à partir de cultures de cellules
musculaires. Encouragées par les défenseurs des animaux ces recherches
pourraient aboutir rapidement. L'élevage ne pourra faire face à la
croissance de la demande mondiale d'aliments carnés.
Les mots « entrecôte » ou « rumsteak » évoqueront-ils un jour dans l'esprit
du consommateur l'image d'une grande cuve pleine de cellules dans un
laboratoire ? C'est en tout cas ce que souhaiterait l'association de défense
des animaux Peta. Pour mettre un terme à l'abattage annuel de 40 milliards
d'animaux
d'élevage, celle-ci a annoncé fin avril qu'elle offrirait un million de
dollars au scientifique qui parviendrait à produire d'ici à 2012 une
viandede poulet de synthèse aussi goûteuse et nutritive que l'originale.
Une chimère ? Pas pour les biologistes membres du New Harvest (nouvelle
moisson).
Fondée en 2004, cette association promeut les recherches sur la
viande « in
vitro », c'est-à-dire produite en laboratoire à partir de cellules
musculaires prélevées sur des animaux.
Partant du principe que celles-ci peuvent se multiplier de façon infinie
lorsqu'elles sont placées dans une solution nutritive, les chercheurs
s'efforcent
de créer de toutes pièces une
viande de substitution en organisant la
prolifération des cellules musculaires autour de microstructures.
Et selon eux, ça marche.
Des « nuggets » synthétiques plus vrais que nature
Alors, bien sûr, pas question de produire d'ici à 2012 une
viande en tous
points semblable au filet mignon ou à la cuisse de poulet, qui combinent de
façon complexe plusieurs muscles, de la graisse, et d'autres tissus.
Mais les chercheurs du « New Harvest » estiment que le développement des
technologies existantes permettrait de fabriquer en laboratoire une
viandecapable de soutenir la comparaison avec les viandes hachées qui composent
les hamburgers, les saucisses et autres « nuggets ».
À condition d'y ajouter une bonne dose d'aromates.
Et, surtout, d'envisager une production à l'échelle industrielle, seul moyen
pour la
viande synthétique d'être compétitive par rapport à la
vianded'élevage et d'atterrir effectivement dans les assiettes.
La vraie
viande, bientôt un produit de luxe
Or, selon une étude économique présentée à l'occasion du premier congrès sur
la
viande « in vitro », organisé en Norvège début avril, le prix de la tonne
de
viande synthétique pourrait aisément être amené à 3200 euros - soit un
coût comparable à celui du bouf européen -, par une culture cellulaire
intensive réalisée dans d'immenses cuves, ou « bioréacteurs ».
Mais qu'est-ce qui, hormis un triomphe de la cause animale défendue par des
associations comme Peta, pourrait inciter nos sociétés à troquer les vaches
charolaises pour des cultures cellulaires ?
La raréfaction programmée de la
viande. Avec la croissance démographique
mondiale et le développement des classes moyennes dans les pays du Sud, la
demande en produits carnée devient telle que l'élevage traditionnel ne sera
bientôt plus en mesure de la satisfaire.
Selon l'organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture
(FAO), il faudrait doubler la production mondiale de
viande d'ici à 2050
(passer de 230 à 465 millions de tonnes par an) pour satisfaire les besoins
d'une population de 9 milliards d'individus.
Dans les assiettes dans moins de dix ans ?
Or, les zones de pâturage, qui représentent le quart de la surface des
terres émergées, ne sont pas extensibles à l'infini.
Pas plus, d'ailleurs, que les surfaces plantées en céréales, dont 40 %
servent à ce jour à nourrir les animaux d'élevage.
Déjà en partie responsable de la flambée du prix des céréales, l'extension
de l'élevage traditionnel n'est pas sans poser également un grand nombre de
problèmes sanitaires et environnementaux. Les troupeaux représentent par
exemple 18 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit plus que
le transport. Aussi, pour enrayer le réchauffement climatique, la crise
alimentaire et la flambée inévitable du prix de la
viande, les pays
développés, principaux consommateurs de produits carnés, ne peuvent faire
que deux choses : soit accepter de réduire drastiquement leur consommation
de
viande, soit se préparer psychologiquement à ingurgiter bientôt des
hamburgers ou des nuggets synthétiques.
D'ailleurs, selon le « New Harvest »,
il suffirait de cinq à dix ans pour
que la production massive de [b]viande « in vitro » débute.[/b] Bon appétit.
source : innovationlejournal
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